C’est la nuit que sortent les démons.

En travaillant en nuit, je me rappelle à quel point c’est véridique. Dès que le soir arrive, que l’équipe de jour passe à l’équipe de nuit, on dirait que les patients le sentent. La douleur se réveille, les angoisses, les doutes et les envies diverses. Le soir tombe, la lumière tombe et la noirceur surgit, sous toutes ces formes.

Les enfants ont peur des monstres sous leur lit, derrière la porte ou dans leur placard. Ils n’ont pas peur la journée, ils ont peur quand les lumières s’éteignent, que le silence s’installe et qu’ils se retrouvent seuls dans le noir et dans le calme. Bien sûr qu’ils ont peur! Les peurs des enfants sont à la fois naïves et logiques.

Quand on grandit, on a pas « moins peur », on est pas plus mûrs ou plus courageux non, les peurs sont toujours là, c’est la forme du monstre qu’elles choisissent qui est différente. On prend la même scène de théâtre avec des acteurs différents, c’est tout.

Le soir mes démons attendent sagement que je sois bien installée dans mon lit prête à dormir pour sortir. Ils se glissent hors de leur cachette, sournoisement, et viennent m’envahir. Mes pensées les plus négatives ressortent et pointent leurs armes sur moi, mes plus grandes peurs s’affichent ouvertement, sans honte.

J’ai peur.